Boris Vildé chef du Réseau du Musée de l'Homme en 1940

Héros de la Résistance française contre le fascisme allemand

L'EXPULSION DES LORRAINS         2

Le 3 novembre 1940, 41 trains de Lorrains arrachés à leurs foyers étaient dirigés sur Lyon. L'on était à l'aube de la collaboration... et déjà l'on s'apercevait du sens que les allemands donnaient à ce mot.

Nous avions donné précédemment l'extrait de l'appel adressé à ce sujet par le Maréchal Pétain aux habitants de la zone libre. Voici maintenant les passages essentiels de la lettre de protestation remise le 18 novembre par le Général Doyen, Président de la délégation française, au Général von Stupnagel, Président de la Commission de l'armistice : D'ordre de mon Gouvernement je suis chargé d'élever une protestation solennelle contre ces expulsions qui, quel que soit l'aspect sous lequel on les présente, sont absolument contraires au droit des gens, aux règles universellement connues d'équité et d'humanité et sans justification possible, dans le principe comme dans l'application.

La France se trouve en présence d'un acte de force qui est en contradiction formelle aussi bien avec la Convention d'armistice qu'avec 1es assurances récemment exprimées d'un désir de collaboration entre les deux Pays. La France se trouve en présence d'un acte injuste qui frappe des populations paisibles auxquelles le Reich n'a rien à reprocher et qui, installées depuis des siècles sur ce territoire en ont fait une région particulièrement prospère.

La décision inattendue des autorités allemandes est également un acte inhumain; en plein hiver, à l'improviste, des familles, doivent quitter leurs foyers en n'emportant qu'un strict minimum d'objets personnels et une quantité d'argent absolument insuffisante pour pouvoir vivre ne fût-ce que quelques semaines. Des milliers de français sont ainsi plongés brusquement dans la misère sans que leur pays déjà si éprouvé lui-même, surpris par la soudaineté et l'ampleur de la mesure prise à son insu, soit en état de leur assurer du jour au lendemain une vie convenable.

Cet exode et les conditions dans lesquelles il se produit provoquent la plus pénible et la plus douloureuse des impressions sur toute la nation française. Celle-ci est particulièrement émue des indications qui ont été données aux lorrains et d'après lesquelles le Gouvernement français serait à l'origine de leurs malheurs. C'est-en effet ce que tend à faire croire le texte apposé dans certains villages dont la population a été appelée à choisir entre les déportements vers l'Est de l'Allemagne ou le départ vers la France non occupée...

Le Gouvernement français me charge, dans la présente protestation, de faire ressortir tout particulièrement auprès de vous le caractère inadmissible du procédé qui consiste à vouloir rejeter sur lui la responsabilité d'un acte de force à la fois injuste et inhumain, et à prendre en son nom et à son insu vis-à-vis des victimes, l'engagement d'indemnisation que mentionne l'affiche en question.

  

La France n'a pas souscrit à ce transfert de population. Elle ne peut l'accepter. Elle ne cessera pas d'en contester le bien fondée. Elle réserve entièrement sur ce point ses droits et ceux de ses ressortissants".

Note de la rédaction

L'espace restreint dont nous disposons ne nous permet pas de présenter aujourd'hui toute la matière que nous avions préparée. Nous avons préféré consacrer plus de place aux évènements d'Amérique, et remettre à notre prochain Bulletin la plupart de nos récentes informations