Boris Vildé chef du Réseau du Musée de l'Homme en 1940

Héros de la Résistance française contre le fascisme allemand

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LE MYSTERE DE VICHY 3

Alors que la presse allemande, c'est à dire les journaux parisiens, reste muette sur les évènements de Vichy, la radio américaine raconte tout haut et la presse suisse imprime en toutes lettres ce que les Français occupés n'ont appris que par des rumeurs.

Le retour des cendres de l'infortuné duc de Reichstadt devait combler de joie les Parisiens et les consoler du manque de charbon; il devait aussi être l'occasion d'une belle cérémonie au cours de laquelle le chancelier Hitler et le Maréchal Pétain devaient une fois de plus se serrer la main, sous l'oeil attendri de Laval. Après quoi, ce dernier aurait interné le Maréchal à Versailles, renversé le gouvernement de ses collègues vichyssois et pris, seul, la direction de la collaboration franco-allemande telle qu'il l'entend. N'avait-il pas déjà pris sur lui d'autoriser l'Allemagne à faire passer ses divisions en Italie par la France non-occupée? Ainsi, la situation serait claire. Laval, jaloux des lauriers des Quisling et des Seyss-Inquardt, serait devenu gauleiter de la France.

Tel était le plan que le triste personnage avait ourdi avec son ami et compagnon de table Abetz. Ce plan échoua. Il fut révélé à Vichy au cours d'un dramatique conseil des ministres et le Maréchal, dans un sursaut de surprise et d'indignation, n'hésita pas à faire arrêter celui qu'il considérait jusque là comme son dauphin...

La pieuse cérémonie de la réception des Cendres de l'Aiglon aux Invalides eut lieu sans la présence des vedettes attendues. Mais tout le monde remarqua les cyniques et menaçantes paroles prononcées par Abetz dans son discours: Abetz, en effet, y faisait de Laval le plus flatteur éloge et déclarait que M.Laval constituait la seule et unique personne française avec laquelle les Allemands consentissent à "collaborer"...

Cette proclamation faite, Abetz, flanqué de gardes du corps armés, accourait à Vichy et présentait au Maréchal un ultimatum qui, d'après les informations des observateurs neutres, aurait comporté trois exigences:

1. La libération de Laval, et sa réintégration au gouvernement;

2. Le passage des troupes allemandes par la France non-occupée vers l'Italie, où la présence de ces troupes paraît devoir s'imposer étant donné les débacles militaires fascistes et leur répercussion dans l'opinion populaire italienne;

3. La livraison de la flotte française à l'Allemagne ou son utilisation contre l'Angleterre.

Il semble que jusqu'à présent le Maréchal ait résisté à ces exigence. Il s'est contenté de remettre le Laval en liberté et de supprimer la délégation du Général de La Laurencie en zône non-occupée, pour la confier à Fernand de Brinon, l'ineffable Ambassadeur de France à Paris. Quant à Flandin, nommé Ministre des Affaires Etrangères en remplacement de Laval, sans doute en souvenir de ses bons services télégraphiques auprès du Führer, il se prévaut en ce moment d'une prudente maladie plus au moins diplomatique.

Les commentaires de la Presse suisse sont sévères pour Laval. Le Journal de Genève du 17 décembre 1940 rappelle que si les Français s'inclinent devant le personnage du Maréchal, la majorité d'entre eux éprouve des sentiments très mélangés à l'égard de son coadjuteur, et ces derniers temps cette méfiance se transforme en hostilité plus ou moins déclarée. M.Laval lui-même ne l'ignorait pas. Ne disait-il pas que le quatre vingts pour cent de ses compatriotes dans la zone libre et le quatre vingt quinze pour cent dans la zone occupée ne le comprenaient pas ?