Boris Vildé chef du Réseau du Musée de l'Homme en 1940

Héros de la Résistance française contre le fascisme allemand

Jean FOURNIER Maire de Fontenay-aux-RosesClaude Aveline

27 mai 1988  Fontenay-aux-Roses n'oublie pas Boris Vildé.

Alloction du maire le 27 mai 1988

Si nous parlions d'autre chose : J'ai pensé à plusieurs sujets : la Coulée Verte qui s'organise peu à peu (mais j'aimerais mieux, pour en parler, que tout fût réglé) ou les dérogations scolaires qui nous posent parfois des problèmes que les intéressés ne soupçonnent pas...

Mais pourquoi ne vous parlerai-je pas plutôt du livre que je viens de recevoir et qui intéresse Fontenay et la France, le Journal et les Lettres de prison (1941-1942) de Boris Vildé, que vient d'éditer (février 1988) pour la première fois, le Centre National de la recherche scientifique et qui forme le cahier n° 7 de l'I.H.T.P. (Institut d'Histoire du Temps Présent).

Presque tous les Fontenaisiens savent qu'il y a à Fontenay une rue Boris Vildé qui va de la place Carnot jusqu'au Plessis-Robinson. Certains n'ignorent pas que Boris Vildé, qui avait épousé une Fontenaisienne, a été fusillé par les Allemands au Mont Valérien en 1942.

Ce petit opuscule nous donne des renseignements complémentaires sur la vie de Boris Vildé et sur l'homme. Né à Saint-Pétersbourg, il s'exile avec sa famille, après la Révolution, en Estonie, puis en Lettonie d'où il gagne l'Allemagne en 1930 et la France en 1932. Naturalisé français en 1936, il fait la guerre comme sous-officier dans l'artillerie, est fait prisonnier, s'échappe et regagne Paris où il organise un réseau de résistance avec l'aide de Paul Rivet et de ses collègues du Musée de l'Homme. Après quelques mois en province, Boris Vildé commet l'imprudence de revenir à Paris où il est arrêté le 26 mars place Pigalle. Dix neuf inculpés, dont 7 hommes, sont condamnés à mort.

Pendant sept mois, dans sa cellule, Boris Vildé a consigné ses pensées; sans illusion, il sait que la mort l'attend mais il n'a pas peur : il médite sur le mystère de la destinée et semble heureux de «finir en beauté»; «à 33 ans, écrit-il, c'est un bel âge pour mourir»». Il a froid et faim mais ne se plaint pas. Il réclame à sa femme des ouvrages de philosophie, de psychologie, d'histoire, surtout sur les civilisations méditerranéennes et extrême-orientales. Il lit : Les deux sources de la morale et de la religion de Bergson, Sparkenbroke de Morgan, Guerre et Paix de Tolstoï, le Banquet de Platon...

Peu à peu, il adhère à des conceptions très proches du christianisme, mais plus protestant que catholique. Trois thèmes : le moi, l'amour et la mort. Boris Vildé trouve qu'on a tort d'opposer la vie et la mort car il croit à l'immortalité de l'âme qui est pour lui la partie essentielle de l'être.

On ne s'étonnera pas que cet anti-nazi n'éprouve aucune haine pour les Allemands, qu'il se lève à la fin de son procès pour serrer la main du procureur et qu'il ait fait, avec ses six camarades, l'admiration de ceux qui le conduisaient à la mort, en particulier de l'abbé Stock, aumônier allemand de Fresnes qui dira à Irène Boris Vildé : «J'en ai tant vu. Les Français meurent bien, mais je n'en ai pas vu mourir comme ces gens-là».

Ce qui a soutenu Boris Vildé, c'est certainement son amour profond pour sa femme. Il l'avait connue par hasard à son arrivée à Paris, alors qu'il cherchait une étudiante française pour des conversations de français et qu'elle demandait, pour la même raison, à rencontrer un étudiant russe. Il l'avait épousée moins de deux ans plus tard, avait été accueilli dans sa belle famille à Fontenay et admirait beaucoup son beau-père, l'historien du Moyen-Age français, Ferdinand Lot, qu'il appelle «Papa» dans son Journal.

Je voudrais surtout citer ce qui, à mes yeux, prouve le mieux la profondeur de son amour pour Irène Lot. C'est peut-être déjà que cet ethnologue est ravi qu'elle lui apporte un jour un recueil de vers bien oublié, le Toi et Moi de Paul Géraldy dont il savoure l'intimisme ; c'est l'impossibilité où il est de retenir sa sensualité quand il pense à elle et sa joie de l'apercevoir, même de loin, lorsqu'elle vient à la prison. Mais il y a bien plus : sachant qu'il va être exécuté le soir même, il l'embrasse, très calme, sans lui rien dire, prenant deux feuillets blancs de l'agenda de sa femme en disant :«ça suffira» ; c'était pour écrire sa lettre d'adieu (une lettre admirable dont j'avais eu connaissance avec émotion dès 1943, peu après mon arrivée à Fontenay). Plus encore : il se reproche comme un crime d'avoir fait de la résistance sans en parler à sa femme, ce qui les aurait unis davantage encore (mais à quel prix ?).

Et je voudrais terminer par cette anecdote qu'il raconte lui-même dans une de ses lettres : obligé un jour, à la Santé, de nettoyer une cellule, il trouve un morceau de papier d'emballage gardé précieusement par le dernier détenu. Pourquoi ? A cause de ces mots écrits sans doute par la femme de celui-ci : «Je t'aime». « Alors, dit Boris Vildé, j'ai vu un immense soleil de l'amour rayonner dans la prison». Quel bel hymne à l'amour, pour celui qui sait qu'il va mourir !

Je suis fier que Fontenay ait donné à une de ses rues le nom de Boris Vildé. Jean FOURNIER

Liens de Mémoire", bulletin des archives municipales de Fontenay-aux-Roses N° 4 - 1er semestre 2005.

8 mai 2003 - Cérémonie émoration de la capitulation de l'Allemagne nazie le 8 mai 1945

La joie de la liberté retrouvée, il y a 58 ans, était certes profonde mais sans doute demeurait elle entachée par le souvenir de celles et ceux qui ne reviendraient pas. Parmi eux, parmi ces résistants de l'ombre, je tiens à saluer la mémoire de ceux dont les noms honorent les rues de notre ville. Je voudrai que la ville de Fontenay-aux-Roses rende un hommage solennel à leur sacrifice, au sacrifice de ses enfants et je pense en particulier à Boris Vildé.

Je n'oublie pas non plus, en ce jour, tous les Fontenaisiens tombés au cours de la seconde guerre mondiale et dont les noms figurent sur ce monument. Que soit aussi associés à cet hommage tous ceux qui, sur différents fronts combattirent pour la France, pour la liberté et pour la dignité de l'humanité toute entière.

-les Forces Françaises libres qui répondirent à l'appel du Général de Gaulle, l'Armée Française reconstituée derrière Leclerc,  tous les résistants qui portèrent des coups décisifs à l'ennemi et créèrent le Front intérieur symbolisé par le Conseil National de la Résistance et par le combat des FFI, des FTP, - les Forces alliées qui virent tomber nombres de leurs enfants sur notre territoire et bien au delà, dans ces combats justes. Que soit enfin associés à cet hommage, les 5 Fontenaisiens décorés aujourd'hui par Anatole PIEAU, Vice-Président de la section des militaires Fontenay/Sceaux : (.....) Grâce au courage sans limites de ces hommes et de ces Femmes, la France a pleinement participé à son retour vers la liberté et, au lendemain de la capitulation nazie, a pu prendre toute sa place dans la mise en œuvre d'un monde nouveau dans la paix retrouvée.

Aujourd'hui, 58 ans après, il revient à la France de veiller à la paix dans le monde et à prendre part à sa construction. Cette paix que les adultes ont parfois tant de mal à construire, cette paix, La Paix est une telle évidence et une telle nécessité aux yeux des jeunes générations. Aussi, je suis très heureux de la participation des élèves du collège des Ormeaux à cette commémoration et je remercie très sincèrement Madame FROMOND et Monsieur BENJEBBAR de s'être associés à nous, en cette journée du souvenir.

Car cela participe du devoir de mémoire auquel nous tenons tant pour que, en cette veille de journée de l'Europe, vivent nos valeurs de liberté, égalité Fraternité.

INAUGURATION DE LA PLAQUE DE LA RUE BORIS VILDE le 25 juin 1998

A l'occasion de cette journée de commémoration de l'Armistice du 8 mai 1945, la municipalité, sur proposition du comité d'entente des Anciens combattants et victimes de guerre et de Monsieur BENJEBBAR, professeur d'histoire du collège des Ormeaux, a souhaité inaugurer la plaque de rue d'un héros de la résistance française : Boris VILDE.

Né à Saint-Pétersbourg en 1908, Boris VILDE s'installe à Paris en 1932. Il obtient rapidement une bourse de recherche au Musée de l’Homme où il devient anthropologue. Il découvre Fontenay-aux-Roses grâce à Irène Lot qu'il épouse en 1934. Naturalisé français en 1936, Boris Vildé est mobilisé pour la Deuxième Guerre Mondiale. Fait prisonnier en juin 1940, il s’évade et rejoint la capitale. Il crée en compagnie d’autres intellectuels, dont notamment Germaine TILLION et Pierre BROSSOLETTE, le “ Groupe du Musée de l’Homme ”. Avec les moyens du Musée et dans le journal "Résistance" ils publient de nombreux textes appelant à continuer le combat. Il fournit aussi des renseignements militaires aux Alliés.

Mais en 1941, la Gestapo infiltre et démantèle le réseau. Boris Vildé est condamné à mort sur le chef d'accusation de "crime d'espionnage au profit d'une puissance étrangère" et fusillé le 23 février 1942 au Mont Valérien. Il était alors âgé de 33 ans. Le général De Gaulle le portera dans l’Ordre de la Nation en 1943. "Qu'on rende justice à notre souvenir après la guerre, cela suffit", écrivait en 1942, à la veille de son exécution, Boris VILDE. Alors, à nous de faire vivre le souvenir de Boris VILDE et de ses amis du réseau du Musée de l'homme qui se sont battus, souvent au prix de leur vie, pour nous permettre de connaître la liberté.

Ayons donc tous ensemble une pensée pour ce grand résistant français et qu'à l'avenir chaque passant garde son souvenir à l'esprit et au cœur et pense à lui en empruntant cette rue qui lui est dédiée.

J'invite Cécilia ELIMORT et Gracia BRAVO, toutes deux élèves de 3ème que je remercie chaleureusement de leur présence parmi nous à lire deux textes de Boris VILDE. Catherine DESCARGUES a souhaité ensuite dire quelques mots également de Boris VILDE.