Boris Vildé chef du Réseau du Musée de l'Homme

Héros de la Résistance française contre le fascisme allemand

Julien BLANC Au commencement de la Résistance. Du côté du Musée de l'Homme

C'est à l'occasion de son homologation au sein des Forces françaises combattantes que Germaine Tillion donna, en 1946, le nom de « réseau du musée de l'Homme Hauet-Vildé » à un réseau de résistance beaucoup plus complexe que son nom le laisserait penser. L'historien Julien Blanc fait l'histoire fragile, fragmentaire et difficile, de ce réseau infiniment plus riche que la poignée d'intellectuels progressistes auquel on le réduit, à savoir les chercheurs du musée de l'Homme : Paul Rivet, déjà célèbre pour avoir présidé le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, Boris Vildé, dont la mémoire a retenu la dernière lettre à sa femme, quelques jours avant son exécution par les Allemands et qui est en cours de patrimonialisation, et bien sûr Germaine Tillion.

L'unité organisationnelle et l'identité du réseau apparaissent en effet bien davantage dans les procédures d'homologation d'après guerre et dans la mémoire de la Résistance que dans son action résistante aux premières heures de l'occupation et sa structuration. Car, ce qui caractérise le réseau du musée de l'Homme, c'est son éclatement, dû à la précocité de l'engagement de ses membres dès l'été 1940, aux dangers et à la clandestinité, mais aussi à la personnalité d'hommes de toute condition qui échappent aux appartenances politiques que l'on a retenues (gaullistes, communistes). Leur ciment est le refus absolu de la défaite et de l'occupation. Aussi, le réseau du musée de l'Homme apparaît comme un réseau de réseaux ou « une toile d'araignée » dont Julien Blanc explore les mailles. Il y a d'abord le « secteur Vildé » regroupant plus ou moins une dizaine de noyaux actifs dans le renseignement militaire et l'évacuation de prisonniers évadés vers la zone Sud, à Paris (Jean Cassou, Paul Rivet, Anatole Lewitsky) mais aussi à Quimper, Brest, Béthune, en Alsace. Il est le fruit des nombreux contacts pris dès l'été 1940 par B. Vildé, jeune homme gai, aventureux et passionné dont Julien Blanc fait un magnifique portrait. Le colonel La Rochère, monarchiste et catholique ultra, fédère plus ou moins des groupes existants dans un deuxième groupe. La jeune Germaine Tillion, à peine revenue des Aurès et le vieil officier de la coloniale, Paul Hauet, organisent une filière d'acheminement vers le sud des prisonniers évadés (UNCC) qui devient une couverture pour faire du renseignement.

C'est autour de ces trois noyaux qu'une certaine structuration du réseau s'opère en fonction des personnalités, des contacts avec Londres. Mais l'organisation apparaît bien faible et s'apparente à une « nébuleuse » de groupes, tant l'autonomie de chacun est grande et les connexions difficiles. Au-delà de l'histoire sinueuse des méandres de ces groupes qui intéressent l'historien, l'histoire du réseau musée de l'Homme, décapité par les Allemands en 1942, conduit Julien Blanc à réévaluer l'importance de la Résistance à ses débuts. Pour corriger le mythe résistancialiste, l'historiographie après Robert Paxton mais aussi les grands témoins de la France libre ont sans doute un peu trop tordu, chacun à leur façon, le bâton dans le