Boris Vildé chef du Réseau du Musée de l'Homme
Héros de la Résistance française contre l'occupation allemande
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Dédié aux soldats de l’Armée Soviétique: Les étoiles s’allument dans le ciel
Traduction du livre en français
V.P. Trofimov était un chasseur doué promu de l'école militaire. Les fonctionnaires du Parti Communiste qui dirigeaient tout, ces gens éloignés "de la tribu des habitants des cieux", ont cassé les ailes du fils du Ciel. Ils ne lui ont pas pardonné d’avoir dit la  vérité…

Le fils du Ciel a pris la plume et,  vivement, d’une façon pittoresque, a montré la véritable vie des aviateurs en expliquant  aux lecteurs qu’un immense bloc de glace  se cache sous le sommet apparent de l'iceberg.. Les nouvelles découvertes dans les pages de ces livres sont pour nous, les pilotes, des rencontres avec la jeunesse. Pour d’autres lecteurs ce sera  la rencontre avec le « romantisme du Ciel »...
" V.P.Resnitsky Pilote de 1ère classe ancien commandant d’aéroescadrille.

Chers amis,
Ce livre a été publié en commémoration de 60ème anniversaire de la Victoire de l’Union Soviétique sur l’Allemagne fasciste. Il est financé par la  compagnie «Les Lignes Aériennes de Krasnoïarsk». L’auteur du livre, Vladimir Pavlovich Trofimov, est un ancien pilote de guerre devenu plus tard  un des pilotes de notre compagnie.

Le livre est dédié à l’inoubliable mémoire des pilotes de guerre qui ne sont pas revenus des fronts de la Grande Guerre Nationale [2ème Guerre Mondiale] . Il est aussi dédié à ces vétérans qui, pour la plupart, ont tracé le voies aériennes dans le ciel de notre pays. Je vous souhaite une agréable lecture du ce livre intéressant! Je vous souhaite d’agréables vols dans les avions de notre compagnie!
B. M. Abramovich -  Directeur Général - Compagnie «Les Lignes Aériennes de Krasnoïarsk»

De la part de l’auteur.

Ce livre offert à votre attention se compose de deux parties. Dans la première partie il s’agit des chemins de guerre des soldats de la 1ère Armée aérienne. C’est pour rendre hommage à mes parents, à mon oncle (la rue Uchkov à Krasnoïarsk porte son nom), à mes moniteurs en aviation, aux amis pilotes, à nos amis de lutte contre l’ennemi commun – aux pilotes du groupe aérien «Normandie - Niémen».

La première partie du livre est consacrée à l'amitié de guerre des combattants des deux régiments jumelés : le 18ème régiment soviétique de la Garde et le régiment français "Normandie-Niémen". Dans la deuxième partie du livre, est décrit le sort des anciens pilotes de guerre occupés en temps de paix dans l'aviation civile. Ce sont les récits "d'aviation".

En parlant des combattants de la 1ère Armée aérienne, il est impossible de reproduire dans une simple étude le tableau complet des opérations militaires de toutes ses unités. C'est pourquoi l'auteur s'est limité à de brèves descriptions des opérations de guerre de la 303ème division d’aviation de chasse (commandant de la division - Héros de l'Union Soviétique le général-commandant G.N.Zakharov), de la 204ème aérodivision de bombardement (général-commandant S.P.Andréev), de la 213ème aérodivision de bombardiers de nuit (commandant, le général-commandant S.S.Molokov - Héros de l'Union Soviétique), du groupe aérien des pilotes français "Normandie-Niémen" (les commandants français : Tulasne, Pouyade, Delfino), les parachutistes sous le commandement du légendaire capitaine I.G.Starchak. Les événements réels, confirmés par l’étude des archives, ont été à la base du livre. On a ainsi réussi à rassembler les renseignements isolés sur les chemins des combattants de la 1ère Armée aérienne, mentionnés dans les mémoires des chefs de l’armée soviétique...

LE 18ème Groupe aérien aérien aérien de la Garde - Escadrille "Normandie"
Le 18ème régiment de chasse était, dans la 303ème aérodivision de chasse, le plus préparé et combatif. Ce régiment a été formé en juin 1938 à Khabarovsk. Avant la guerre il était  considéré comme l’un des meilleurs - sinon le meilleur - régiments de chasse dans le pays......

Dès le début de la guerre le groupe a pris part aux combats contre les envahisseurs allemands sur les directions les plus difficiles et dangereuses des hostilités. Le groupe devait lutter contre les meilleurs as de l'Allemagne fasciste. Le premier jour de combats aériens s’est montré très significatif. Ce jour-là les pilotes du groupe ont abattu 5 avions ennemis et n’ont perdu aucun des leurs. L’intensité des batailles était très grande, chaque pilote effectuait jusqu'à 8 ou 10 missions de combat chaque jour. Certes, le régiment a subit des pertes mais celles-ci étaient constamment remplacées par du jeune personnel et de nouveaux moyens techniques.

Quand le régiment a été intégré dans la 303ème aérodivision, A.E.Golubov (numériquement le troisième commandant du régiment, ensuite général-commandant d'aviation et Héros de l'Union Soviétique) a pris le commandement. C'était un éducateur savant et excellent pilote. Il apprenait à ses subordonnés en servant d’exemple personnel, il pilotait souvent comme chef de file. C'est pourquoi, quand dans l'état-major de la 1ère Armée aérienne, le commandant de la 303ème aérodivision, le général-commandant Zakharov a proposé de prendre le groupe de pilotes français arrivés en l'Union Soviétique pour lutter contre l'ennemi commun, la question du choix du régiment dans lequel il fallait servir, ne se posait pas. Selon le commandement, ces pilotes  devaient voler dans le 18ème de la Garde!

Mais l'histoire de l'arrivée des pilotes français en Union Soviétique commençait contre toute attente pour son commandement. Cependant il n’y avait rien d’étonnant dans le fait que les combattants français et russes avaient un ennemi commun - le fascisme, ils luttaient contre les agresseurs. Historiquement les peuples russes et français, même impliqués par leurs dirigeants dans certaines guerres, sympathisaient toujours entre eux.

Ces combattants français, mécontents de l’attitude du maréchal Pétain qui a conclu un armistice avec l'Allemagne – conduisant à  l'occupation d’une partie  de la France, voulaient continuer à lutter conter les envahisseurs en s’engageant dans la résistance (Forces Françaises Libres). Le général de Gaulle, réfugié en Angleterre, dirigeait ce mouvement de résistance. Le 18 juin 1940, par la radio de Londres, il lançait  un appel à la résistance aux militaires français se trouvant sur le territoire de la Grande-Bretagne. Ce jour est considéré comme le point de départ du Comité français de Libération National avec le général de Gaulle à sa tête. Les patriotes français aspiraient à s’engager le plus vite possible dans le combat contre les asservisseurs détestés, les troupes de l’Allemagne fasciste. Mais puisque les Alliés de la France – la Grande-Bretagne et les Ētats Unis– ne se dépêchaient pas de passer à  l’action contre l’Allemagne,  plusieurs patriotes français ont souhaité  continuer le combat en entrant dans les rangs de l'Armée rouge.

En 1941, après la rupture du Pacte d’Amitié soviéto-germanique, le  Comité national de la France Libre dirigé par le Général de Gaulle négociait à Londres, avec l'ambassadeur de l'Union Soviétique en Grande-Bretagne, I.Maisky, l’envoi sur front oriental de la division d'infanterie française. L'Union Soviétique était prête à accepter cette division, mais le ministre britannique des Affaires étrangères, A.Iden, a déclaré à l'ambassadeur de l'Union Soviétique que le gouvernement anglais ne considérait pas nécessaire le transfert de la division française en URSS. (Les relations soviéto-françaises pendant la Grande Guerre Nationale 1941 – 1945.  Documents et matières. М. Gospolitizdat, 1959, p. 51, 61.).

Le 13 mars 1942, Rolland Garros, représentant du général de Gaulle à Moscou, a exprimé au gouvernement soviétique le souhait d’envoyer en Union Soviétique un groupe des pilotes. «Peut être, c'est une goutte d'eau dans l'océan, mais les cœurs de toute la nation française sont avec nos soldats, qui lutteront avec les frères russes. La fraternité de nos peuples au champ de bataille aura une grande importance non seulement pour la France, mais pour toute l’Europe...», – a déclaré  Garros. [citation traduite du russe]. Le gouvernement soviétique a satisfait la demande du général de Gaulle. À la fin novembre 1942 le premier groupe des volontaires français, comportant 14 pilotes et 42 mécaniciens est arrivé en Union Soviétique. Les premiers arrivés : le commandant J. Pouliquen , le lieutenant principal J. de Pange, le médecin de l'escadrille G.Lébiédinsky, J. Tulasne, A.Littolff,  J.Risso, A.Préciozi, A.Poznansky, R.Derville, A.Durand, M.Lefèvre, R. de La Poype, Y.Bizien, D.Biguin, M.Albert, N.Castélain.

La formation de l'escadrille a commencé à l'aérodrome d’Ivanovo. Le nom « Normandie » lui a été attribué par le choix des pilotes – du nom de la province "Normandie" située au Nord de la France.  Lorsque qu’on a examiné la question des avions de chasse pour armer l'escadrille des pilotes français, le commandement des forces aériennes soviétiques a laissé le choix des machines de combat à l’appréciation des Français. Ils ont souhaité piloter les avions Yakovlev. L’escadrille a été dotée de mécaniciens soviétiques pour l'entraînement du personnel technique français.

Le 4 décembre 1942, par ordre des forces aériennes de l'Armée rouge, l'escadrille "Normandie" a été incorporée dans l’Armée de l'air soviétiques. Malgré les conditions difficiles et l’obstacle de la langue, les pilotes français ont dans le plus court délais assimilé la maintenance de la technique nouvelle pour eux et, le 22 mars 1943, l'escadrille "Normandie" a été envoyée au front. Avec au début un nombre total de 15 pilotes, l'escadrille est arrivée à l'aérodrome voisin du front «Polotniany Zavod», base des avions de bombardement «Pe-2» de la 204-ème division de bombardement. L'escadrille était placée sous la direction du colonel S.P.Andreev commandant de cette division - bien qu’elle ait fait partie du 18ème régiment de chasse de la Garde de la 303ème aérodivision de chasse.

Les pilotes de "Normandie" ont été installés dans un foyer particulier, on leur a créé les conditions nécessaires pour l’activité de combat et pour leur repos. Les premiers temps le rythme des combats des pilotes soviétiques était inaccoutumé pour les Français. C’était incompréhensible pour eux, comment chaque équipage pouvait-il accomplir tant de missions de combat chaque jour. En France ils étaient habitués à des rythmes des vols plus mesurés.  Cependant, très souvent, les pilotes de "Normandie" agissaient déjà selon l'ordre des avions de bombardement, et les relations de compagnons se sont vites établies entre eux et les pilotes soviétiques. L'amitié du commandant du 261ème régiment de bombardement V.I. Dymchenko et du commandant de "Normandie" Jean-Louis Tulasne était un exemple de cette amitié de combat.

Bien après, le lieutenant–colonel Pierre Pouyade, devenu commandant du régiment "Normandie" après la perte de Tulasne, écrivait : «Les pilotes français ont reçu l'accueil le plus chaleureux du côté des combattants, des officiers de l'Armée rouge et du peuple. Les relations de sympathie mutuelle et une chaude amitiés se sont établies entre les pilotes français et leurs compagnons d'armes soviétiques. Ici, loin de notre patrie... nous ne sentions  guère la solitude». (citation traduite du russe)

C’est de l'aérodrome «Polotniany Zavod» que les pilotes français ont accompli, le 5 avril, les premières missions de combat et ont remporté les premières victoires, mais il y a eu des pertes. Le premier jour des combats aériens l'escadrille a abattu 9 avions allemands et a perdu  5 avions. Ce jour là le groupe de «Pe-2» du 130ème régiment de bombardement escorté par les "Yak" pilotés par les Français, bombardait une station ferroviaire. Après que les «Petlyakov» ont effectué leur travail avec succès, ils ont été attaqués brusquement par deux chasseurs allemands «FW-190». Sans tarder, le lieutenant principal Préciozi, de "Normandie", est venu en aide et a abattu un des «Focke». C'était le premier avion ennemi abattu par "Normandie".

Le deuxième des attaquants «FW -190» a été  abattu par le lieutenant Durand. Il est à souligner, que dès les premiers jours des missions, la charge – la plus difficile et la plus importante - d’escorter des avions de bombardement est revenue à "Normandie". Obligés de se trouver tout le temps près des bombardiers escortés, les avions de chasse étaient limités dans leurs manœuvres contraints d'accepter le combat dans les conditions les plus désavantageuses. Néanmoins, déjà en quelques jours, six avions «Yak-1» - le commandant Tulasne en tête, en accompagnant nos avions de bombardement, ont engagé le combat avec dix «FW-190». Trois avions de chasse allemands ont été abattus, les autres se sont enfuis.

Les pilotes de la 204-ème division remerciaient de plus en plus souvent les Français pour cette excellente escorte des bombardiers. Les Français, à leurs tour, s'enthousiasmaient par l’exactitude de lancement des bombes par nos équipages. Le commandant de "Normandie" – qui auparavant avait fait la guerre en Europe occidentale et en Afrique - a même écrit un rapport au  commandant de la 1ère Armée aérienne, dans lequel il avouait qu’il voyait pour la première fois une telle exactitude et tant d’intensité des bombardements.

En lançant l'escadrille "Normandie" en formation commune avec les avions de bombardement, le commandement de la 1ère Armée aérienne croyait que, dans les premiers temps, il aurait été plus facile aux pilotes français de décoller et d’atterrir sur un aérodrome mieux préparé et loin du front,  en comparaison des aérodromes où étaient basés les avions de chasse soviétiques. Il fallait que les pilotes français se soient accoutumés à la région des hostilités.  Cependant, cette décision comportait de considérables défauts. Premièrement, les vols vers la ligne du front prenaient plus de temps et, parfois, il n’y avait pas assez de carburant pour le retour.  Deuxièmement, ce qui était le plus essentiel, les pilotes étaient privés de la possibilité d'emprunter l'expérience des pilotes de chasse soviétiques, d’apprendre la tactique de la conduite des combats aériens. A côté des pilotes de chasse, il n’y avait pas d’instructeurs de combat. C'est pourquoi, le 16 avril 1943, l'escadrille "Normandie" au complet de 11 pilotes, s’est déplacée à l'aérodrome «Vacilevskoe» où les avions de chasse de la 303ème division se trouvaient sous le commandement du général-commandant G.N.Zakharov - Héros de l'Union Soviétique. Le 18ème régiment de chasse de la Garde était un des meilleurs régiments non seulement dans la 303ème aérodivision de chasse, mais, peut-être, dans toute la 1ère Armée aérienne.

Le régiment faisait la guerre dès le début et, dès ses premiers jours, combattait avec acharnement contre les meilleurs as allemands avec succès en les abattant dans le ciel de notre patrie. Mais le régiment subissait également des pertes. Vers le début de l’année 1943, seuls deux ou trois pilotes restaient sur la totalité du régiment initial. Ivan Zamorin était un de ces pilotes. En 1943, lieutenant principal de vingt-cinq ans, Zamorin était considéré comme un des combattants aériens les plus expérimentés du 18ème régiment.  À cette époque, on organisait le centre de formation à la base de la 303ème aérodivision. Zamorin est devenu un des professeurs des jeunes pilotes. L'expérience ne lui manquait pas. Ayant commencé le service au régiment au temps d'avant-guerre, il avait à la fin de la guerre abattu  près de 20 avions ennemis.  Au printemps de 1943, quand l'escadrille "Normandie" a été intégrée au 18ème régiment de la Garde, Ivan Zamorin est devenu instructeur des pilotes français, malgré le fait que ses blessure se ressentent encore : il avait des traces de brûlures sur le visage et il fallait lui bander ses mains brûlées avant chaque vol.
La création du centre de formation situé tout près de la région des hostilités avait le soutien du commandant de la 303ème aérodivision de chasse - Héros de l'Union Soviétique – le  général-commandant Géorguy Nefedovich Zakharov, qui comprenait bien quelle préparation les pilotes devaient recevoir pour faire la guerre avec succès contre les armadas aériennes d'Hermann Goering....

En avril 1943, après l’étude de la région des hostilités et après le survol de Zaharov, l'escadrille "Normandie" a commencé des hostilités intenses. En empruntant la tactique de la poursuite des combats aériens des as soviétiques, les pilotes français luttaient contre l'ennemi habilement en manifestant du courage et une grande volonté de vaincre.

Malgré le déplacement, la communauté de guerre des pilotes français avec les avions de bombardement de la 204ème aérodivision continuait. Avec les avions de chasse des autres régiments aériens de la 303ème division de chasse, les "Normands" continuaient à escorter les avions de bombardement. Ils se sont fait remarquer au cours de la libération de la Biélorussie et des pays Baltes. Alors les pilotes français volaient déjà sur un nouvel avion de chasse «Yak-3», ayant de plus grandes qualités de combat. Les avions de bombardement de la 204ème aérodivision se sont aussi distingués dans ces combats et sont devenus les soldats de la Garde.

Le matin du 15 septembre 1943 les troupes du front occidental sont passées à l'offensive vers la direction de Smolensk. La 303ème aérodivision prenait la plus active part aux combats. En dix jours de combats acharnés l’ancienne ville russe Smolensk a été libérée des troupes nazies.

Le succès des combats de la 303ème division d'aviation de chasse  était apprécié par le commandement de l'Armée Rouge. On a donné à cette division le nom " Smolenskaya" [de Smolensk].... Plusieurs pilotes, y compris le régiment de "Normandie", ont été distingués par les ordres de combat de l'Union Soviétique. Malheureusement, la guerre ne se passe pas sans victimes. Deux mois après le début des combats au 18ème régiment de chasse de la Garde, le premier commandant de l'escadrille "Normandie", le commandant de Jean-Louis Tulasne, a péri. Ainsi commençait l'épopée, devenue la légende, de l'escadrille "Normandie".

LES MEMORABLES RENCONTRES

Le Comité National de la France libre, présidé par le général de Gaulle, s’occupait constamment des pilotes français combattant dans les rangs de l'Armée rouge. Le 12 octobre 1943 la délégation militaire  française, avec le général E.Petit à sa tête, est arrivée à l'aérodrome Tsikunovka où, pendant ce temps, le 18-ème aérorégiment de chasse de la Garde et le régiment "Normandie" se trouvaient. Les missions de combat ont continué en présence de la mission militaire française.  Ce jour là, les pilotes de "Normandie" ont remporté une série de victoires, mais ils ont eu des pertes... Le général Petit avait la possibilité de voir de ses propres yeux quel était le prix de la victoire contre l'ennemi détesté. Il a rencontré le commandant de la 303ème aérodivision, le général Zakharov…. Avant le départ vers Moscou le général Petit a fait une écrit dans le livre d'or : « J’ai été très heureux de passer un agréable séjour au beau milieu du régiment «Normandie» dans la situation de la guerre aérienne sur le front soviétique... Je partage entièrement l'opinion du commandant du régiment, des officiers et des pilotes, que les  conditions ne pouvaient pas être meilleures». [citation traduite du russe]

Une année après, en décembre 1944, le général Gaulle arrivait à Moscou pour la signature d’un accord franco-soviétique.  Sur ordre de Staline en l'honneur du visiteur au Kremlin on a donné un déjeuner où assistaient des ministres, des diplomates, des généraux et des amiraux, ainsi que l'ambassadeur américain Harriman et le Chargé d’Affaires anglais Balfour. Les leaders des deux grands peuples, Staline et de Gaulle, dans leur première rencontre, se rendaient compte de l'importance d’établir des relations amicales entre eux car cela devenait le gage des bonnes relations futures entre la France et l'Union Soviétique. Après l'arrivée de de Gaulle, tous ont été invités à la table.

Les combats sur le front sont entrés dans leur phase terminale, l'affaire s'approchait de la fin victorieuse de la guerre, et Staline demeurait de bonne humeur. Les toasts se suivaient l’un l'autre. Il semblait qu’à la cordialité des hôtes  il n'y avait pas de limite. La situation ne ressemblait pas à une rencontre officielle, bien qu'on examinait d’importantes questions concernant la coordination des actions des alliés. Staline a accordé beaucoup de temps au général de Gaulle.

Ce soir là, après de nombreux toasts pendant le déjeuner, tous sont partis dans la salle des Miroirs pour regarder des films. Staline aimait beaucoup regarder des films.  Au départ on regardait «Si c’était la guerre demain» et les dessins animés de Disney. Puis on projetait le film "Volga – Volga"….. En guise d’adieu, Staline a proposé un toast pour les pilotes français. C'était bien lui. Il aimait les pilotes et ne cachait jamais la sympathie envers les hommes  de cette courageuse profession.

 Le commandant du régiment «Normandie–Niémen», le lieutenant-colonel Pouyade, était parmi les invités. Staline s'est adressée à lui pour avoir son opinion sur les avions soviétiques. Certes, Iosif Vissarionovich, comme cela était souligné par les experts d'aviation, comprenait parfaitement l'aviation, frappant souvent littéralement ses interlocuteurs par ses connaissances. Il n’apprenait rien de nouveau pour lui dans la réponse du pilote français mais il voulait que les mots de reconnaissance envers l'armée soviétique résonnent en présence des représentants des pays avec qui, dans l’immédiat, il lui aura fallu décider du destin du monde.

En grand politicien et personne sagace, il prévoyait déjà alors que viendrait le temps, quand les idéologues occidentaux auront diminué, à l’aide de tous les moyens possibles, le rôle de l'Armée rouge dans la capitulation des troupes fascistes pendant la Deuxième Guerre Mondiale, et qu’il aurait à accomplir pour le peuple soviétique la lutte pour le paix et pour un ciel pacifique au-dessus de nos têtes. Staline était un grand politicien. Il prévoyait beaucoup.

Et vraiment, les années ont passé, et serait venu les temps soi-disant de la «guerre froide». En France des forces sont apparues qui s’opposent au rapprochement avec la Russie. Alors, un ancien commandant du régiment «Normandie–Niémen», Louis Delfino (troisième numériquement après Tulasne et Pouyade), et à cette époque-là général-lieutenant, inspecteur principal des forces aériennes françaises, en parlant à la télévision devant ses compatriotes, a déclaré : «Jusqu'à ce que j'ai visité l’Union Soviétique, je pensais ainsi comme plusieurs d’entre vous. Mais je suis allé là-bas, j'ai fait connaissance de personnes soviétiques, de la force de leur arme et j’ai avec eux combattu fascisme. Et je jure au très Haut, que je ne lèverai jamais d'armes contre l'Union Soviétique. Et je vous y appelle».  Ce temps serait donc venu ?

Mais ce jour-là, à la rencontre du Kremlin, les mots du pilote français devaient confirmer à l’assemblée la puissance de l'arme soviétique. Pouyade a répondu, que les pilotes français avaient volé sur les avions de chasse américains, anglais «Spitfire», mais il leur préférait  les avions de chasse soviétiques «Yak 3».  Il y a parmi nous l’ingénieur de ces avions, le camarade Yakovlev.  Que le camarade Yakovlev accepte vos paroles à titre de récompense pour le travail! – a dit Staline après avoir écouté le message de Pouyade. Les toasts pour «Yak 3», pour les pilotes soviétiques, pour la victoire ont suivi ses paroles... Cette rencontre a été mémorable pour tous...

LA FORCE DE CHOC DE L'AVIATION

Dans le plan de l'opération la "Citadelle",  à la courbe de Koursk, le commandement allemand plaçait de grands espoirs en tanks lourds "Tigre", "Panther" et installations autopropulsées d'artillerie – les matériels d'assaut «Ferdinand» et aussi en tanks "Tigre" plus récents. Près de la courbe de Koursk 2700 tanks et matériels d'assaut ont été concentrés. A l'aide de cette technique les hitlériens entendaient prendre leur revanche sur la défaite de  Stalingrad.  La protection frontale de 100 millimètres des "Tigres" était impénétrable pour les obus ordinaires utilisés à cette époque-là par nos tanks et l'artillerie. Le commandement soviétique a alors donné l’ordre au bureau d'études d'artillerie de mettre au point de toute urgence un nouveau type d’obus (cela avait commencé à être étudié en Union Soviétique au début de la Grande Guerre Nationale, mais les travaux avaient été interrompus).

Ainsi,  dans les plus brefs délais, des nouvelles munitions sont apparues – les obus cumulatifs et les bombes. En conservant des calibres anciens, ces obus perçaient facilement la protection frontale des "Tigre". Les obus ont été expédiés d'urgence vers la courbe de Koursk, toutes les pièces soviétiques et les tanks ont reçu ces obus. Les Allemands ne soupçonnaient rien. Ils étaient sûrs de l'invulnérabilité des tanks.

Tout au début de la bataille, à 5 heures du matin le 6 juillet 1943, les avions d'assaut soviétiques ont porté les premiers coups sur les concentrations de matériels blindés de l'adversaire. Le résultat était surprenant. Les tanks allemands brûlaient au champ de bataille comme des flambeaux. Les 5 premiers jours de la bataille à la courbe de Koursk, les pilotes soviétiques de la 291ème division d'assaut d'aviation ont détruit et endommagé à eux seuls 422 tanks allemands. Le commandement allemand a entrepris d'urgence les mesures de réplique. Pour la lutte contre les avions d'assaut soviétiques, les meilleures unités de chasse allemandes d'autres terrains du front germano-soviétique ont été lancées à la courbe de Koursk. La bataille acharnée pour la domination des airs  commençait.

Dans ces combats aériens, les pilotes de l'aviation de chasse de la 1ère Armée aérienne, y compris la 303ème division de chasse du général Zakharov - dont le régiment des pilotes français "Normandie" faisait partie -  se sont fait remarquer. La bataille de Koursk s’est terminée par la défaite des troupes allemandes.  Il y eut ensuite la  bataille pour la libération de la Biélorussie.

ON VOLAIT SEULS DANS LES CIEUX

Le commandant de "Normandie", Pierre Pouyade, se rappelait le début de la bataille à la courbe de Koursk : «Nous nous trouvions à Khatenki. On disposait de  20 avions pour quinze pilotes. Le 10 juillet à dix heures du soir  a commencé une forte canonnade d'artillerie sur notre front. Elle a duré toute  la nuit, le jour et encore une nuit. Les avions de bombardement volaient sans cesse. Le ciel était éclairé par les fusées. Les murs de notre isba tremblaient. Le 12 juillet nous avons décollé en escortant 28 avions de bombardement «Pe-2». Un fort tir d'artillerie continuait en permanence. La fumée et la poussière couvraient les tranchées allemandes éclairées par des éclats. Là c’était l'enfer. Après le raid aérien des avions d'assaut et des avions de bombardement, la canonnade a cessé et l'infanterie est passée. Après le 20 juillet, nous volions sans cesse avec le 18ème régiment de la Garde. Le 12 juillet, dans les  airs,  il n’y avait presque pas d’Allemands. Le 13 juillet, nous avons abattu deux «Messerschmitt 110». Les quatre jours suivants nous avons abattu encore dix-sept avions. C’était essentiellement des avions de chasse, qu’on interceptait quand ils se frayaient un chemin vers nos «Pe-2». Béguin a été blessé à la hanche. De Tedesco est porté disparu. Littolff, Castelain, Bernavon ont péri le seize. Le 17 juillet, Tuslasne et Vermeil ne sont pas revenus. Le 18 juillet, j'ai pris le commandement du groupe. Il y avait neuf pilotes : Préciozi, Risso, Albert, Durand, Mathis, Bon, de Forges, Léon et moi. De la Poype guérissait d’un  tympan déchiré. Lefèvre était malade.  Chacun s'endormait à côté d’un  lit vide...»

Le devenir des pilotes français dans le ciel russe semblait difficile. Ils n’étaient pas accoutumés aux conditions de ces hostilités. Il fallait décoller à partir de pistes de terre détrempées sur des avions sur lesquels ils n’avaient jamais volé. Il fallait s'adapter, s'habituer. Principalement, ils étaient poursuivis par les ennuis terrestres : soit au cours de l'atterrissage ils cassaient les châssis, soit ils heurtaient la terre. A une certaine période, le commandant de "Normandie" a déclaré aux pilotes, que si cela continuait ainsi, viendrait le jour où il ne resterait pas un seul avion en bon état.

En se rappelant cette période, François de Georffre dans le livre «Normandie–Niémen» écrivait : «Un mauvais sort pesait sur nous : nous cassions en avions  tout ce qu'il était possible, des hélices aux châssis.» [citation traduite du russe] (François de Georffre. Normandie–Niémen. Traduction russe de М. Voénizdat, 1960, p 88.). L'auteur lui-même ne restait pas un observateur étranger. Le 12 janvier 1944, en accomplissant un vol d'entraînement en cercle, dans des conditions de visibilité aggravée, au cours de l'atterrissage il n'a pas remarqué sur la piste un avion de chasse. Le heurt a eu lieu et les deux avions ont été mis hors de service. C’est  par miracle que la catastrophe n'a pas eu lieu.

A la même période, au cours du transport des avions au parc de réparations à Moscou, en volant par mauvaise visibilité, le pilote Loran a fait une atterrissage forcé dans un  champ. L'avion a été cassé, le pilote a longtemps été hospitalisé à Moscou.

Une fois, au décollage en duo,  l’ailier est entré dans le mouvement d’air de l’hélice de l'avion guide.  Les pilotes savent combien c'est dangereux, particulièrement à faible hauteur. Au cours d’un virage serré en hauteur, en faisant le virage correctement, l'avion se trouve au point du commencement d’évolution dans son au courant personnel. Dans ces conditions l’avion est projeté violemment vers l’autre.  En se trouvant dans le courant, le pilote français n'est pas venu à bout de la manœuvre. Un incident de vol a eu lieu dont a résulté la casse d’avion.

Le chef d’état-major du régiment, le commandant Vdovin, est arrivé sur le lieu de l' incident. Qui est coupable à votre avis a-t-on a demandé au lieutenant-colonel Pouyade ? J'entendais, que le moteur fonctionnait mal.  A mon avis, Monsieur Pouyade, le pilote a commis une faute. Vous voyez, comment l’avion a été secoué ? Donc il s'est trouvé dans le courant de la hélice de l'avion guide, et le pilote n'a pas pu sortir l'avion de l'inclinaison.  Pouyade s’est emporté et  a exprimé au chef de l'état-major son mécontentement, en disant :  « De nous deux un seul restera au régiment : vous ou moi. Je demanderai cela à mon commandement ».  Pouyade s'est dirigé en la direction du poste de commandement. Cependant il est revenu après quelques minutes, s'est excusé et a demandé d'oublier tout ce qu’il avait dit avant.

Aucun aérorégiment soviétique n’avait tant de casse, bien que personne ne soit garanti contre de pareils incidents. Les pilotes français étaient jeunes - le plus âgé d’entre eux, le lieutenant–colonel Pouyade avait à cette époque 36 ans -, mais la jeunesse, comme on le sait, n'est pas toujours prête à suivre les contraintes des lois sévères de la guerre.... Élevés dans l'esprit des traditions des héros des livres d'Alexandre Dumas, des belles aventures d'amour des mousquetaires et de d’Artagnan, ils pouvaient se permettre de plaisanter même aux moment difficiles de la guerre. Eh bien, qui excepté le Français optimiste pouvait encore seller la chaise et, en étant assis le visage vers le dos de la chaise, représenter le Gascon courageux, en se dirigeant à cheval vers Paris, à la rencontre des espoirs irisés. Et en chantant en même temps.  Les Français passionnés raccompagnaient parfois longtemps des copines russes  qui servaient aussi dans les rangs de l'Armée rouge. Malheureusement, parfois à cause de cela, ils ne respectaient pas les règles de repos et se rattrapaient en dormant  parfois en service. Et alors, on pouvait entendre l'exclamation railleuse : «Réveille-toi! Bourdieu! C’est à ton tour de voler!»

Une fois, Agavelan, ingénieur principal du régiment "Normandie", s'est approché du commandant et lui a dit : «Bientôt on aura plus rien à voler! Je ne reconnais pas les pilotes français».  Je ne les reconnais pas moi-même a répondu  Pouyade.  « Vous savez que les mécanos travaillent avec dévouement, mais ils n'ont pas de temps pour réparer les avions. Le personnel technique a besoin de 5 jours au moins, pour éliminer toutes les casses et faire les travaux réglementaires ». Le capitaine-ingénieur Agavelan a rapporté cela au commandant du régiment.  Le commandant du régiment, le lieutenant-colonel Pouyade, était évidemment vexé par le mauvais état du parc d'avion et comprenait, que ce n’était pas la faute du personnel technique. Cependant il a grommelé quelque chose sur le fait que les Russes devraient gaspiller moins de temps pour la tenue des réunions des membres du Parti... Néanmoins, la suspension des vols a été annoncée.  Après une semaine les vols ont recommencé.

1944. Jules Joire et Maurice Bourdieu ont décollé le 18 mars pour perfectionner le vol en paire. Pendant ce temps il y avait un nuage au-dessus de l'aérodrome. Joire, le guide de la paire, a décidé de ne pas contourner le nuage, mais de passer à travers. Pour que l’ailier ne reste pas en arrière, il a donné un ordre par radio : «Bourdieu, approche-toi, suis le train!» C’était une grosse faute. En vol de formation on ne peut accomplir aucune manœuvre dans les nuages en pilotant par mauvaise visibilité. C’est ce que tous les débutants connaissent. Les pilotes français ne se croyaient pas des débutants.  Tous les présents sur l'aérodrome ont entendu le son des moteurs hurlant et ils ont vu comment les deux avions sont tombés du nuage. En se heurtant dans l'air, les avions tombaient en désordre sur la terre. Bourdieu, probablement, a été tué au moment du heurt. Joire a sauté en parachute, mais l'avion en feu a incendié le parachute. Ainsi par un accident stupide, hors mission aérienne, les deux pilotes français ont péri. Avec tous les honneurs, les pilotes ont été enterrés le lendemain à la périphérie de l'aérodrome. Pour la cérémonie, le général Petit, chef de la mission militaire française, est arrivé de Moscou. Après la catastrophe, les vols ont  cessé temporairement pour la tenue de la préparation terrestre, mais dès qu’ils ont recommencé, les ennuis sont de nouveau apparus. Les pilotes Emonet et Schick ont cassé trois avions en deux jours.

Pour observer l'organisation des vols, le général-commandant Zakharov, commandant de la 303ème aérodivision, est arrivé au régiment. L'écrivain Ilia Orenburg, qui est venu avec lui, entendait écrire sur les jours ouvrables des pilotes français. Ils ont tous les deux été témoins de l'incident.  Le sous-lieutenant Sharles Monter, au cours de l'atterrissage, a oublié de mettre la manette d’essence, et l'avion, ayant le combustible dans un autre réservoir, s'est écrasé à la limite de l'aérodrome. Les pilotes français, heureux, ont sorti Monter vivant et intact de dessous les décombres de l'avion. Pour embellir l'impression désagréable de tout ce qu’on a vu, le commandant du régiment Pouyade a invité les arrivants à déjeuner.

Après le déjeuner, spécialement pour les invités, Pouyade a organisé des vols pour montrer  toute la maestria du pilotage français. Le maître d’acrobatie aérienne,  R. Marchi,  a effectué quelques évolutions de haute école. Toutes les évolutions ont été faites à faible hauteur, voilà pourquoi  plusieurs des assistants portaient souvent la main à l’emplacement du cœur…. Pouyade a été très content de l'intervention de Marchi. Cela se passait le 30 mars 1944. Mais vingt jours après, en revenant de mission, avant l’atterrissage, le lieutenant Henri Foucaud, à une extrême faible hauteur, accomplissait au-dessus de l'aérodrome un vol au ralenti en tonneaux. En retourné sur le dos, l'avion a heurté la terre et a explosé. Le pilote a été tué.

Le 28 mai 1944, pendant le survol de la région des futurs vols après le déplacement sur un nouvel aérodrome, l’avion de Lefèvre a eu une panne : le pilote a remarqué la chute de pression du carburant. Le moteur a commencé à tourner avec des arrêts. Le pilote a alors quitté la formation de l’escadrilles et est revenu à l'aérodrome. Au cours de l'atterrissage, il a rapporté au chef des vols : «Je suis recouvert d’essence...».  Après l'atterrissage, l'avion a explosé, le pilote s'est jeté de l'avion en feu en tentant d’éteindre ses vêtements en flammes. Les aérotechniques sont accourus à son secours.  Le jour-même,  le pilote grièvement brûlé a été transporté en avion à Moscou. Malheureusement, on n’a pas réussi à le sauver. Marcel Lefèvre est décédé le 5 juin 1944. Dans un premier temps, il a été enterré au cimetière Vedenskoé de Moscou puis, après la guerre, ses cendres ont été rapatriées en France. Marcel Lefèvre a été enterré dans sa patrie dans la ville des Andelys, non loin de Rouen.  M.Lefèvre a abattu 11 avions ennemis. Le titre du Héros de l'Union Soviétique a été conféré à titre posthume  à Marcel Lefèvre le 4 juin 1945.

Mais il faut rendre aux pilotes français leur dû. Grâce à leur haut et combatif moral ils ont surmonté la période néfaste. Les premiers temps, les plus difficiles, sont passés, et les pilotes de "Normandie" ont commencé, comme aux pilotes soviétiques, à accomplir des tâches données par le commandement. Pendant tout le séjour des pilotes français sur le front soviétique le régiment «Normandie–Niémen», étant basé avec le 18ème régiment de la Garde, prenait part en toutes les missions pratiquement ensemble. Pendant les premiers neuf mois des missions dans le ciel du front oriental, les pilotes du régiment «Normandie–Niémen» ont abattu 75 avions de l'adversaire, ayant perdu 16 compagnons de combat. Dans le même temps les pilotes du 18ème régiment de la Garde ont abattu 126 avions allemands.

A la fin de l'automne 1943, le régiment "Normandie" était retiré du front vers l'arrière pour la     maintenance et pour réapprendre à piloter les avions "Yak-9". Mais les pilotes français ont bientôt reçu les avions "Yak-3".  A Toula, où on réorganisait le régiment "Normandie", la préparation de la maintenance allait à toute vitesse. Maintenant le régiment avait au total quatre aéroescadrilles et 61 pilotes. C'est-à-dire, selon la composition numérique, que le régiment était égal à deux régiments ordinaires. C'est pourquoi le commandement de la 1ère armée aérienne examinait la question de la création de la division des pilotes français. On a même inventé le nom. Selon des certains renseignements elle devait s'appeler "Paris". Cependant on a décidé de laisser tout de même un seul régiment.

Avant l'expédition du régiment vers le front à Toula, la mission militaire française, avec le général Petit à sa tête, est arrivée pour le contrôle d'inspection. La préparation des pilotes du régiment a produit une bonne impression. Le commandant de l'escadrille, Louis Delfino, a montré le pilotage de haute école. Fidèle à la manière retenue et tellement différente du style des natures ardentes de la plupart des pilotes français, il copiait dans le ciel avec une exactitude académique soulignée, les évolutions de haute école l’une après l’autre. C’est Louis Delfino qui a remplacé Pierre Pouyade en 1945 au poste de commandant du régiment.

Parmi la maintenance, il y avait un pilote, Jacques André. Pendant une année d’hostilités, sur son compte de combat, il a eu seize avions allemands abattus. Il est devenu le quatrième (après Albert, de la Poype et Lefèvre) des pilotes français ayant reçu le titre de Héros de l'Union Soviétique. Certes, le pilotage du jeune pilote, le lieutenant Marchi, a attiré l'attention de la commission militaire et du général Zakharov lors des vols de démonstration. Et bien que tout le personnel du régiment soit bien préparé, le lieutenant Marchi a mérité d’être mentionné. Il est tout à fait clair que parmi des as français un pilote de l'extra – classe est apparu. C'était sans doute le meilleur maître de pilotage au régiment pendant toute la période de son existence. Vers la fin de la guerre, il aura eu sur son compte treize avions ennemis abattus.

Voilà ce que disait de ce pilote le commandant de la 303ème aérodivision de chasse, Héros de l'Union Soviétique le général-commandant de l'aviation de Zakharov : «Quand en juin 1945 mille Parisiens se sont réunies au Bourget pour rencontrer le régiment légendaire, peu de gens dans la foule imaginaient visiblement ces avions, et ces pilotes, et ce régiment même» « Normandie» est apparu, en gardant la formation précise. Les avions de chasse abordaient la piste, et ici un "Yak 3" a quitté la formation et a effectué des acrobaties aériennes de telle haute classe que même les pilotes du "Normandie" étaient étonnés. Marchi s’est surpassé ce jour-là.

Sur l’aérodrome, se trouvaient les représentants des cercles d'aviation militaire des pays de la coalition anti-hitlérienne. Par accord on a montré le combat aérien d'étude : le "Yak-3" se battait contre les avions de chasse américains et anglais. Dans les deux duels, Marchi «se posait» très vite sur la queue de l'adversaire et le forçait à capituler. Tous les pilotes français aimaient notre avion de chasse "Yak-3", mais Marchi était le patriote de cette machine au sens complet du mot.

Beaucoup de temps après, les vétérans de "Normandie" m'ont raconté qu'alors, au Bourget, un incident a eu lieu. En présentant les excellentes caractéristiques du «Yak-3», Marchi est monté sur ses ergots et a presque enfoncé l'Américain sous terre. Après la guerre, pendant quelques années, Marchi a travaillé comme pilote d’essai. Pendant un des vols il a péri» (G.N.Zakharov. Je suis un pilote de chasse. M.1985. p. 217.)

Au début de juin 1944 un dramatique incident a eu lieu à la 303ème division de chasse. Le jeune pilote du régiment "Normandie", Maurice Challe, a attaqué par erreur un avion soviétique. Le lieutenant principal, Vasily Arkhipov, était considéré comme un des pilotes les plus expérimentés du 18ème régiment de chasse de la Garde. Sur son compte était près de dix avions ennemis abattus. Il était tranquille, discipliné, un pilote sûr à qui le commandement du régiment confiait les missions les plus importantes.

Tous les combattants savaient bien que la plus grande préoccupation du commandement soviétique était les actions des avions ennemis régleurs d'artillerie. Le scénario était toujours le même : d'abord il y avait un "cadre" [l’avion de reconnaissance - note du traducteur]. Tout de suite le tir d'artillerie commençait ou des avions de bombardement attaquaient.  Ces deux choses procuraient des grands ennuis à nos troupes.  On réussissait rarement à abattre le "cadre". Pour que les avions de chasse puissent accomplir le travail avec un plus de succès, la 303ème aérodivision de chasse était équipé d'un aérodrome « masqué », l'aérodrome dit du « sursaut », disposé presque sur la ligne du front, pour avoir le temps de couper les voies de départ du "cadre" dans le cas de son apparition au-dessus de notre territoire. À l'aérodrome du « sursaut », une paire d'avions de chasse soviétiques veillait : le guide de la paire était le lieutenant principal Arkhipov, l’ailier était le pilote Sokolov. La présence de l'aérodrome en embuscade était une surprise pour les Allemands. Pendant une semaine nos pilotes ont abattu quatre "cadres".

Le 8 juin 1944, une paire des «FW-190» traversait la ligne en faisant la reconnaissance aérienne de nos troupes. Pour l'interception, une paire d'avions de chasse du 18ème régiment de la Garde a décollé. Arkhipov pilotait le guide. Une minute plus tard, un groupe d’avions du régiment "Normandie" s'est envolé en ayant le même but. Les Allemands, après avoir remarqué dans l'air les avions de chasse soviétiques, se sont déroulés en un sauve-qui-peut. La paire d’Arkhipov a poursuivi  l'adversaire un certain temps mais, ne l’ayant pas rattrapé, s'est déroulée vers l’est et est revenue vers l'aérodrome. Ces avions se sont alors rencontrés avec les pilotes français, qui par erreur, ont pris les avions soviétiques, revenant d'ouest pour des avions allemands.  « Je suis attaqué par le Français! » a émis  Arkhipov à son ailier.  Arkhipov ne faisait aucunes manœuvre, il a seulement secoué les ailes en faisant comprendre au pilote français qu’il était un ami. Mais le pilote français, Maurice Challe, au plus fort du combat n'a fait aucune attention à cela. Il a attaqué l’avion d’Arkhipov et l’a abattu. Probablement, à ce moment, Arkhipov a été blessé. Ayant fait un second passage, Maurice Challe a fusillé l'avion d’Arkhipov endommagé. L'as expérimenté, le lieutenant principal Arkhipov, a péri brutalement et ridiculement dans ces événements.  Cela a été une perte difficile pour les deux fraternels régiments : 18ème de la Garde et "Normandie".

Il fallait au général Zakharov un certain temps pour prendre une décision. Il a pris une sage décision. Il a laissé le pilote Challe au régiment "Normandie", refusant de le renvoyer au pays natal et ne voulant pas porter l’affaire devant les tribunaux. Il a permis à Maurice Challe de continuer à voler pour expier sa faute. C'était la meilleure décision que, dans pareil cas, pouvait prendre le commandant par rapport au jeune pilote français n'ayant pas une grande expérience de combat à cette époque là.

Maurice Challe faisait la guerre héroïquement. Il n’évitait jamais les affrontements avec l'ennemi, comme s’il s’acharnait spécialement à sa perte. Mais la mort le ménageait avant l’heure. Il était en effet un bon pilote. Son avion sortait intact des situations les plus complexes et dangereuses quand le salut était peu probable.  Il a abattu dix avions ennemis. Pour ses exploits guerriers il lui a été conféré l’Ordre de la Guerre pour la Patrie - 2ème et 1er degré ainsi que  l'Ordre du Drapeaux Rouge une des décorations les plus vénérées par les combattants. « Maurice Violent », comme ses compagnons l’appelaient, a expié sa faute, mais il n’a jamais refusé sa responsabilité morale. Le sous-lieutenant Maurice Challe n'est pas revenu de mission le 27 mars 1945, peu de temps avant la fin de la guerre.  Son nom,  sous numéro 10,  est inscrit en lettres d'or sur la plaque commémorative consacrée aux pilotes tués du régiment "Normandie-Niémen" fixée à Moscou sur le mur de l'ancienne Mission militaire française.

Au cours de l'opération «Bagration», quand les troupes soviétiques menaient les combats acharnés pour la libération de la Biélorussie, en combattant côte à côte, les as soviétiques et français faisaient des miracles d’héroïsme. Ainsi, pendant une des missions, une paire d'avions de chasse du 18ème régiment de la Garde, les pilotes D.A.Lobashov et N.G.Pintchuk, a attaqué un groupe d’avions de bombardement allemands de «Focke Wulfe-190» allant bombarder une colonne blindée soviétique. Au cours de la courte mission, Lobashov a abattu deux avions "Ju-87". N.G.Pintchuk,  par le fait du hasard,  a rencontré un adversaire expérimenté qui manœuvrait habilement. Enfin, en l'attaquant d'en bas, Pintchuk a incendié l'avion ennemi. En outre, à la sortie de l'attaque, un bombardier ennemi est tombé face à la mire de son chasseur. Pintchuk a appuyé sur les deux gâchettes, mais les coups de feu n'ont pas suivi son action. Les canons et les mitrailleuses se taisaient. Probablement, il n’y avait plus de munitions.  Entre-temps, l'avion de Pintchuk s'est trouvé dans la zone du feu de la tourelle du bombardier allemand. Quelques balles ont atteint la cabine de l'avion de chasse, Pintchuk a été blessé. En surmontant la douleur, le pilote a éperonné le bombardier.  Le coup a frappé la cabine de l'avion de bombardement, celui-ci a commencé à tomber. Mais l'avion de Pintchuk avait  subi de forts dommages et s’est mis également à tomber. Le pilote a eu la force de sauter en parachute.  A la vue de voilure blanc du parachute ouvert une paire des «FW-190» s'est immédiatement approchée. Pintchuk observait tout cela avec désespoir, en comprenant, que la mort était inévitable. Dans quelques secondes tout sera achevé.

Mais voila, d'on ne sait d’où, a surgi un "Yak" avec le coq peint aux couleurs de la France. Il s’est courageusement  engagé dans le combat contre deux avions de chasse allemands en les détournant du parachutiste... Pintchuk a été recueilli par nos fantassins et, le soir-même il a été « livré » à son régiment à l'aérodrome, là où le régiment «Normandie–Niémen» était basé. Il était ensanglanté devant ses compagnons et avait perdu une botte, mais avec le sourire aux lèvres. Probablement, il n’avait pas encore eu le temps de croire à son salut. On lui a fait savoir qu’il devait la vie sauve à l’intervention du pilote, le lieutenant Durand.  Se  tenant à peine sur ses jambes, Pintchuk s'est approché de Durand : « Merci, mon cher ami français! Je suis en grande dette envers  vous » lui dit-il.

Cela est arrivé en octobre 1944. Les troupes du 3ème front de Biélorussie passaient à l’offensive en direction de Goubinensk. La 303ème division de chasse se préparait à accomplir une mission de reconnaissance dans les lignes arrières de l'adversaire (il fallait observer particulièrement le déplacement du corps blindé "Hermann Goering") et de garantir l’escorte des bombardiers ainsi que la couverture de notre 2ème corps blindé. Le 16 octobre est devenu un jour de grande réussite pour nos compagnons d'armes français. Ce jour, les pilotes du régiment «Normandie–Niémen» ont abattu 29 avions allemands et ce sans aucune perte!  Les pilotes du 18ème régiment de la Garde agissaient aussi avec succès ce jour là. Bien qu’ils aient mené une mission plus complexe d’escorte des avions de bombardement et des avions d'assaut et, de ce fait n’ayant pas la possibilité de s’engager dans de longs combats aériens contre l'adversaire, ils ont néanmoins réussi  à abattre 20 avions ennemis. Trois avions ont été abattus par le lieutenant principal G.P.Repikhov, deux avions ont été renversés par le capitaine S.Sereguin et le lieutenant principal N.Pintchuk. Ce jour,  les pilotes de la 303ème aérodivision de chasse ont renversé 50 avions fascistes et ont perdu un avion qui s’est brisé à l'atterrissage.
(Archives du Ministère de la Défense Nationale de l'URSS)

Le lendemain, le 17 octobre, les combats aériens n’étaient pas moins acharnés. Ce jour là les pilotes de la 303ème aérodivision de chasse ont abattu en missions 34 avions ennemis. Cependant, deux nos avions ont été abattus par le feu de l'artillerie des Allemands. Les deux pilotes ont atterri en parachutes. Kondurine, le pilote de l'avion abattu du 523ème régiment, est revenu à la base le lendemain, mais le pilote du régiment «Normandie–Niémen», Emonet, blessé,  est tombé en parachute non loin des tranchées allemandes au cœur du combat. Les Allemands n’ont pas tiré sur Emonet puisque, d’après les vêtements du pilote, ils l’ont pris pour un des leurs. Les nôtres n'étaient pas sûrs non plus de l'appartenance du pilote, c'est pour cela qu’ils n’ont pas tiré sur lui.  Emonet ne pouvait pas marcher. D'abord, il a failli passer sous les chenilles d’un tank soviétique. Mais tout s'est passé, et il a commencé à attendre l'aide des soldats soviétiques. Mais l'aide est brusquement venue du ciel.

Au même moment, au-dessus du champ de bataille les avions de chasse allemands ont abattu un avion de bombardement «Pe-2». Le commandant du «Pe-2», le sous-lieutenant Vasily Koval, a péri, le navigateur S.Jakubov et le tireur-radio N.Daniloushkin ont sauté en parachute. Yakoubov a atterri à côté d’Emonet et, ayant vu le pilote, au début il l'a pris pour un Allemand. « – Normandie, camarade, Normandie » a prononcé Emonet d’une manière à peine audible. Ayant pansé la blessure tant bien que mal avec le tissu du parachute puis confectionné un semblant de civière, Yakoubov a traîné Emonet vers les siens. Emonet était sauvé.

En janvier 1945, au régiment où le lieutenant principal Stepan Filippovich Yakubov servait, une lettre est arrivée : - Au lieutenant principal Yakubov Stépan Philipovitch.

Mon cher compagnon!
Je suis heureux de vous remercier personnellement pour votre amitié de combat et pour l'exploit, grâce auquel Jean Emonet, le pilote du régiment "Normandie",  a été sauvé de la mort le 17 octobre 1944.  Votre acte consolide la communauté de combat franco - soviétique dans la lutte contre l'ennemi commun. Je suis heureux de vous annoncer dans cette lettre, que je vous ai proposé pour une récompense, qui vous a été ratifiée. Dès que le chef de la mission française militaire me la livrera, je vous l’adresserai. Avec un sincère salut de combat, le commandant de « Normandie » Delfino.  Le 9 janvier 1945 »  (Archives du Ministère de la Défense Nationale de l'URSS) [traduit du russe]

L'amitié de combat entre les pilotes français et les aérotechniques russes desservant les avions du régiment "Normandie" se fortifiait. Un cas restera pour toujours dans la mémoire des combattants de la 1ère Armée aérienne.

D’ordinaire, pour les déplacements d'un aérodrome à l'autre, les pilotes prenaient avec eux les mécaniciens. Et bien que les avions n’aient qu’une seule place on faisait cela pour accélérer la préparation du matériel aux vols. Certes, les avions de chasse ne sont pas destinés pour de pareils transports, mais la guerre demande parfois aux combattants de prendre des décisions non standardisées. Le pilote français, capitaine Maurice de Seynes, a décollé de l'aérodrome Doubrovka avec l’"ange-gardien", - comme il appelait le mécanicien Vladimir Bélozoube dans les lettres à sa mère.  Que s’est-il passé dans les airs, personne ne le sait. Mais quinze minutes après le décollage l'avion est apparu de nouveau au-dessus de Doubrovka en accomplissant d’étranges évolutions. Le pilote de Seynes entendait et répondait au chef des vols. Il avait  eu les mains et le visage brûlés. Aveuglé il ne pouvait pas faire atterrire l’avion ! De la terre il a reçu l'ordre de quitter l'avion, mais de Seynes croyait qu’il n'avait pas le droit de sauter puisque lui seul avait un parachute. Son mécanicien n’avait pas pu emporter de parachute. Le capitaine Maurice de Seynes, le dernier dans la génération de cette ancienne aristocratie française, n'a pas voulu quitté son compagnon. Ils ont péri sous les yeux de tous les assistants de l'aérodrome.

Bien des années plus tard, le général Zakharov a rencontré la mère de Maurice de Seynes, Madame Thérèse de Seynes.  «Mon général, j’avais un seul fils, et il avait la possibilité de se sauver... Mais alors toute notre famille aura été entachée. Mon fils a agit noblement...», – a déclaré Madame de Seynes.  A Paris, dans la maison de madame de Seynes, il y avait deux portraits au mur : un de son fils Maurice-Phillipe et l’autre de Vladimir Bélozoube.  Probablement, tel est le sort de toutes les mères du monde entier – garder les lettres et les photos de leurs fils morts  comme la seule mémoire conservée.

Dans une khata blanche des paysannes du village Pokrovka en Ukraine, les parents de Vladimir Bélozoube ont conservé la lettre du front, dans laquelle leur fils évoquait l'ami de combat français, le pilote de Seynes.  « Pouvez-vous trouver chez quelqu’un un manuel français ? J’en ai très besoin... Quand je reviendrai, je vous parlerai de mon ami. Il a beaucoup peiné avant de venir chez nous. Maintenant il combat les Fritz chez nous, mais autrefois il les combattait en France. Je suis très lié avec lui. Pendant le temps libre nous apprenons l'un l'autre à lire et à écrire : lui en français, moi en russe», écrivait Vladimir Bélozoube.  Et il y avait encore une lettre dans une vieille commode familiale des Bélozoubes. Dans cette lettre, sept camarades du régiment, les amis de Volodia, racontaient comment tout s’est passé, comment un jeune garçon du village de kolkhoze Pokrovka, le mécanicien lieutenant- principal et son ami, un pilote de chasse, le dernier dans une génération de l'ancienne aristocratie française ont péri ensemble.

Madame de Seynes gardait aussi une lettre de son fils, la seule lettre. On ne sait pas par quelles voies elle est arrivée de Russie en France occupée.  ...Une fois on a frappé doucement à la porte de son appartement. Un inconnu lui a remis la lettre et s'est immédiatement évanoui dans la nuit. Thérèse de Seynes, pour la première fois, recevait des informations sur Vladimir Bélozoube.
«Je l'appelle le philosophe. Vladimir est un peu plus âgé que moi. Il attend mon retour avec impatience, comme toi, ma mère. Mais je reviens vers lui plus souvent, que vers toi, même dans mes rêves de la maison, parfois non pas un ou deux fois par jour. Et c’est mon bonheur pour le moment. Quand je dors et je vois toi et Claude (la soeur de Maurice-Phillipe – note de l’auteur), il ne connaît  ni  rêve ni repos. Pendant ce temps il fait tout le nécessaire  pour que je revienne encore une fois. Quel maître est il, quel garçon est-il! Tu le verras, ma mère. Mon philosophe, comme moi, est sûr, que nous vaincrons très bientôt, et alors je te présenterai Bélozoube. On peut facilement traduire ce nom en français – « la dent blanche - Dent Blanche ». Mais on ne peut pas traduire de Seynes en  langue russe...». [traduit du russe] Ainsi écrivait son fils Maurice de son ami soviétique. Ils ne volaient jamais ensemble.  Une seule fois ils ont décollé ensemble. C’était le 15 juillet 1944….

Les années ont passés... Avec le temps les événements du passé s’effacent dans la mémoire, mais les jours de combats et l'amitié des pilotes français du régiment «Normandie–Niémen» et du personnel russe du même régiment ne sont pas oubliés.  Une fois dans la rédaction du journal «la Russie Soviétique» une lettre est arrivée. Le mécanicien du régiment «Normandie–Niémen», Iakov Géorgievitch Titov, écrivait  à propos de son ami français, le pilote de chasse Monter : «Chaque fois, quand il revenait à l'aérodrome, j'éprouvais un sentiment, qu’il est difficile de décrire seulement par le mot "joie". C'était plutôt  l'allégresse et le bonheur même. Donc mon Monter est vivant, et aujourd'hui, comme toujours, il me demandera : «Titov, combien?». Je ne lui réponds pas tout de suite et il attend. J’examine la machine, je grimpe dans la cabine de son "Yak" et je lui dis : «Mon lieutenant, dans quatre heures la machine sera prête». Alors Monter met la main sur mon épaule et continue notre conversation laconique : «Très  bien Titov. Mais nous allons la réparer en deux, donc il faut diviser quatre heures en deux». Il rit aux éclats et, comme toujours, il nous (nous les mécaniciens) appelle les anges-gardiens. Mais nous appelions le Français Monter combattant dans notre ciel contre notre ennemi commun «Trompe la Mort». Cette lettre a été adressée par Titov à la rédaction du journal après que celui-ci ait publié le 17 février 1963 le récit du commandant de «Normandie–Niémen», Pierre Pouyade, où il évoquait les destinées des pilotes du régiment. J’ai réussi à trouver cet article. Le lecteur a la possibilité d’en prendre connaissance.

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Nikita Sergeevich Khrushchev, pendant sa visite amicale en France,  a évoqué le souvenir des pilotes de «Normandie–Niémen». «Sur notre front a-t-il dit, les pilotes français combattaient courageusement. Plusieurs d’entre eux ont été honorés pour leur héroïsme et leur courage par les ordres et les décorations de l'Union Soviétique». Où sont-ils aujourd'hui ? Comment vont-ils ? Se rappellent-ils les amis de front soviétiques et le ciel de la Russie ?

Le correspondant de «Russie Soviétique», A.Lazebnikov a téléphoné hier à Paris et a demandé à l’ancien commandant du régiment «Normandie–Niémen», Pierre Pouyade, de répondre à ces questions.  Voilà ce qu’il a raconté :

 « Vous voulez savoir combien de nous sont restés, si le destin a été bienveillant pour nous, si nous voyons souvent les uns et les autres ? Nous sommes arrivés en France avec trente sept "Yak" – les Soviétiques nous ont fait de généreux cadeaux. Depuis le moment où, sur l'aérodrome du Bourget,  nous avons embrassé nos mères et nos femmes, presque dix-huit ans ont passé. Ce jour du retour à la maison est devenu maintenant le jour traditionnel de nos rencontres. Le 20 juin tous les nôtres se réunissent. Combien? Nous sommes restés quarante trois. Mais nous étions plus nombreux lorsque nous sommes revenus. Mais, il me semble que je vais commencer un triste récit? Voulez vous savoir où sont nos "Yak" avec l'emblème soviétique et tricolore de la France ? A Meudon, non loin de Paris, il y a un musée, là se trouve l’un d’eux – notre vieil ami, fidèle "Yak 3".

« Les écoliers s'arrêtent à côté de lui et apprennent les histoires surprenantes comment de jeunes  Français fuyaient leur pays outragé par l'ennemi, parvenaient en Russie, s'asseyaient dans une telle machine et chassaient les fascistes jusqu'en Allemagne ».

Etes –vous parvenu chez-nous en URSS de la même façon ?

« Non, ma route vers Moscou a été un peu plus complexe. Je servais en Indochine et de là j’ai commencé en avion cet extraordinaire itinéraire. Au-dessus de la jungle, le carburant dans les réservoirs a été épuisé mais j'ai tout de même pu atterrir la machine. J’ai continué à pied, déguenillé, affamé. En plus j’ai attrapé le palud, la fièvre tropicale. Une histoire longue et fantastique, c'est pourquoi je dirai en bref, qu'avant d’arriver à Ivanovo en 1943, j’ai dû passer par l'Amérique, l'Angleterre, l'Egypte, l'Iran. Et si ce n’était ma haine contre le fascisme, je n’y serais jamais parvenu ».

Qui de vos vieux amis avez-vous vu ces derniers temps ?

« J’ai rencontré tout à fait récemment le Héros de l'Union Soviétique,  Roland de La Poype, je vois notre bon Bléton, un brave pilote, abattu autrefois sur le front soviéto–germanique, pris en captivité, mais qui a réussi à se sauver et à revenir à la fin de la guerre en Prusse Orientale. Les amis russes du front n'ont probablement pas oublié Réverchon. C'est notre Marésiev français. Condamné après un coup direct d'obus sur l'avion, il a été sauvé par les chirurgiens soviétiques. Aujourd'hui Réverchon travaille toujours dans l'aviation. Sans pied et main, il pilote des hélicoptères sur les lignes aériennes intérieures. Hélas, Monter, notre as surnommé par les pilotes russes «Trompe la Mort» n’est plus de ce monde. Après avoir trompé la mort tant de fois en missions, il est mort en avion,  écrasé en temps de paix. Hier j’ai vu l’historiographe infatigable du régiment le capitaine Eichenbaum. Il a recueilli douze mille photos liées à l'histoire de «Normandie–Niémen» et cinquante mille lettres – des pilotes, de leurs amis soviétiques, des nationaux. En effet, nous publions deux fois par an le bulletin du régiment ».

Que publiez-vous dans ces éditions ?

« Nous avons une association des vétérans de notre régiment que je préside. De la part de l’association nous plaçons des informations diverses sur tous ceux qui servaient à «Normandie–Niémen», nous publions leurs correspondances, les souvenirs de combat..... Je vous parlerai encore d’un de nos amis – Yves Bizien. Il a péri au-dessus de Spas-Demensk. Selon les documents, que les fascistes ont trouvé chez Bizien, – l'avion est tombé sur la territoire ennemi, – ils ont appris, qu’Yves était de Dieppe. La France était occupée, et les Allemands ont pris le père, la mère, le frère, la soeur de notre ami et les ont tués. À Dieppe il y a une rue du nom Yves Bizien , combattant dans le ciel russe ».

« Maintenant j’ai une question à vous poser. D’après ce qu’on dit, notre ami de front, l'ancien commandant de l'aérodivision, Héros de l'Union Soviétique le général Zakharov est gravement malade. Peut être, les gars de  «Normandie–Niémen» pourraient-ils l’aider? Trouvez-le s'il vous plaît car il vit loin. Passez-lui le bonjour et  nos meilleurs souhaits».

... J'ai accompli la demande de Pierre Pouyade et j’ai téléphoné le même jour au général Zakharov. « Je vous téléphone de la part du commandant du régiment «Normandie–Niémen». Et j’ai raconté à Géorguy Nefedovitch notre conversation avec Pouyade. Le général était touché par l’attention et a demandé de leur faire savoir qu’il était déjà rétabli et espérait les voir et les embrasser. Et de nouveau nous avons Paris au bout du fil. Pierre Pouyade s'en est beaucoup réjoui :  « Tous les gars seront heureux après avoir appris cette nouvelle ».

De la part de l'association des vétérans de «Normandie–Niémen», Pouyade a transmis pour la publication dans notre journal ces lignes adressées aux Soviétiques :  «Bien que le temps passe depuis notre séparation, nous n'oublierons jamais, que vous partagiez avec nous le pain et les armes. Vous avez tout  fait pour que le régiment de la France combattante revienne dans sa patrie comme triomphateur. Nous savons non seulement nous rappeler cela, mais nous savons encore estimer cela. Nous sommes toujours avec vous, habitants de l’Union Soviétique». [citation traduite du russe]

LA VICTOIRE

Les pilotes de 18ème régiment de chasse de la Garde et le régiment français «Normandie–Niémen» ont appris la fin de la guerre en Prusse Orientale lorsqu’ils étaient basé ensemble à l'aérodrome Heilengenbeil. D'ici les pilotes français,  en avions de chasse soviétiques "Yak 3" sont repartis vers le pays natal. Comme il se doit aux vainqueurs, les pilotes du régiment «Normandie–Niémen» sont revenus en France avec leurs armes par lesquelles ils frappaient l'ennemi. La victoire a été obtenue chèrement.. Le peuple soviétique a vénéré selon leurs mérites la mémoire des combattants soviétiques morts sur les champs de batailles et les faucons – pilotes tués en missions dans le ciel de la patrie et à l'étranger.  La France les pleure avec nous. On n’oubliera jamais les exploits des pilotes français du régiment «Normandie–Niémen». Ces deux mots resteront pour toujours dans la mémoire des peuples russe et français comme le symbole de leur amitié.

En 1956 à Moscou, sur le bâtiment de l'ancienne mission française militaire, quai Kropotkinskaya, № 29, a été fixée une plaque commémorative avec les noms de 42 pilotes du régiment «Normandie–Niémen» morts sur les fronts de la Grande Guerre Nationale. Leurs noms sont écrits en lettres d'or. Les noms des pilotes français qui ont versé leur sang pour la liberté et l'indépendance de l'Union Soviétique et de la France :

1.

Balcou André, aspirant

20.09.43

2.

Barbier Léo, sous lieutenant

15.10.43

3.

Bernavon Andrien, sous lieutenant

16.07.43

4.

Bertrand Jean, lieutenant

26.08.44

5.

Bizien Yves, aspirant

13.04.43

6.

Bon Maurice, aspirant

13.10.43

7.

Bourdieu Maurice, aspirant

18.03.44

8.

Casaneuve Jacques, aspirant

13.10.44

9.

Castelain Noël, sous lieutenant

16.07.43

10.

Challe Maurice, sous lieutenant

27.03.45

11.

Denis Roger, lieutenant

13.10.43

12.

Derville Raymond, lieutenant

13.04.43

13.

Durand Albert, sous lieutenant

01.09.43

14.

De Faletans Bruno, lieutenant

13.06.44

15.

De Forge Paul, capitaine

13.08.43

16.

Foucaud Henri, sous lieutenant

21.04.44

17.

Gaston Jacques, aspirant

26.06.44

18.

Genes Pierre, aspirant

18.01.45

19.

Henry Georges, aspirant

12.04.45

20.

Iribarne Robert, sous lieutenant

11.02.45

21.

Joire Jules, sous lieutenant

18.03.44

22.

Largeau André, aspirant

14.09.43

23.

Lefèvre Marcel, lieutenant

05.06.44

24.

Léon Gérald, lieutenant

04.09.43

25.

Littolff Albert, capitaine

16.07.43

26.

Manceau Jean, le boursier de thèse

02.11.44

27.

Menut Lionel, aspirant

29.01.45

28.

Miquel Charles, aspirant

16.01.45

29.

Monge Maurice, aspirant

26.03.45

30.

Penverne Roger, sous lieutenant

05.02.45

31.

Pinon Roger, aspirant

01.08.44

32.

Piquénot Jean, Maurice

17.01.45

33.

Poznanski André, lieutenant

13.04.43

34.

Préciozi Albert, capitaine

28.07.43

35.

Querne Louis, aspirant

25.09.44

36.

Rey Jean, aspirant

23.08.43

37.

De Seynes Maurice, capitaine

15.07.44

38.

De Sibour Jean, aspirant

31.08.43

39.

De Tedesco Jean, lieutenant

14.07.43

40.

Tulasne Jean, commandant

17.07.43

41.

Verdier Marc, le lieutenant

22.09.44

42.

Vermeil Firmin, aspirant

17.07.43

Beaucoup d'années après la fin de la guerre, sur la territoire de la région Orlovskaya, on a trouvé les restes d’un pilote français. On l’a enterré en lui rendant tous les honneurs militaires au cimetière Védenskoé à Moscou. On a dressé sur sa tombe une inscription «Au pilote inconnu du régiment «Normandie – Niémen»».

Il est à souligner que les pilotes français combattaient héroïquement. Ils ont effectué plus de 5 mille missions, 869 combats aériens et ont abattu 273 avions ennemis. Par les décrets de la Présidence du Soviet Suprême de l'URSS du 19 février et le 5 juin 1945, le régiment a été décoré de l’Ordre du Drapeau Rouge et de l’Ordre Alexandre Newsky. Et, comme cela a été déjà dit, pour leurs mérites dans le combat et leur courage pendant les missions au passage de la rivière Niémen, par l'ordre du Commandant en Chef Suprême, le nom du régiment des pilotes français a été complété par le titre honorable de «Niémen».

Le gouvernement soviétique a estimé à sa juste valeur le courage et l'héroïsme des pilotes français. A quatre d’entre eux - Albert, de La Poype, Marcel Lefèvre (à titre posthume), André – ont été conférés le titre de Héros de l'Union Soviétique. 83 pilotes français ont été décorés des ordres soviétiques de combat. Le gouvernement français a honoré les faits d'armes du régiment «Normandie–Niémen» par quatre ordres : Ordre de la Légion d'Honneur, Croix de Guerre avec 6 palmes, Ordre de la Libération et Médaille Militaire.  Une actuelle unité aérienne portant le nom «Normandie–Niémen» existe dans les forces aériennes françaises.

EN GUISE D'EPILOGUE – LE MOT DU GENERAL

Ce livre est consacré aux aviateurs de la Première armée Aérienne. Qu'il s'achève par les mots du commandant de la 303ème division de chasse, dont le régiment «Normandie–Niémen» faisait partie, le général  commandant de l'aviation Géorguy Nefedovich Zakharov, Héros de l'Union Soviétique : «L'amitié de combat des pilotes soviétiques et français a triomphé de toutes les épreuves. Plusieurs fois, pendant toutes les années passées, les vétérans de "Normandie", les enfants des pilotes français tués ont visité notre pays. Mais les vétérans de la 303ème aérodivision de chasse ont aussi été des visiteurs pas non moins chaleureux en France. L'histoire de l'amitié d'après-guerre des pilotes soviétiques et français serait un récit très intéressant, mais, probablement,  il prendrait beaucoup de temps. Mais je voudrais bien vous raconter quand-même un épisode.

...Cette fois là, ayant vu à l'aérodrome des vétérans de "Normandie" venus à ma rencontre, j'ai senti de nouveau l'émotion. Les personnes, déjà d'un certain âge, se sont alignées comme jadis, avec les décorations de combat soviétiques fixées sur leur costume civil. Après les avoir vus devenu bien vieux, autrefois des gars infatigables, violent dans les attaques, j'ai cligné de l’œil à l'homme de droite et ai commandé : «Repos!». Ils ont éclaté de rire, et j'ai embrassé chacun.

Comme il le faut dans tels cas, nos amis français avaient élaboré tout un programme entier de visites, des rencontres, des interventions. En gros, j’avais déjà été  familiarisé avec ce programme à Moscou. Avant le départ nous avons parlé avec Pouyade par téléphone. Tout était selon le plan. Le programme s’épuisait graduellement, quelques jours ont été réservés pour le repos, pour les voyages en visite chez les pilotes, chez les familles des pilotes disparus. Et soudain Pouyade, feuilletant d’un air préoccupé son carnet, a dit à peu près cela :  «Il nous reste encore un point »  – et il m'a regardé d’un air mystérieux. « Un point cela veut dire un point ». 
Encore une visite ? – ai-je demandé. Pouyade a fait un signe de tête. Je n'étais pas contre. La visite cela veut dire la visite. Mais la visite est d’ordinaire la conversation, et j'ai demandé, quelle auditoire sera là. « Il ne faut pas s'inquiéter, mon général », – a répondu le commandant de "Normandie", l'auditoire sera préparé... Pouyade a souri largement. Où nous allions, je l’ai appris en voiture.

Les cent kilomètres et le pouce de Paris à Reims ont passé très vite. Avant, à droite et à gauche de la voiture, comme rangé en ligne, nous étions accompagnés par l'escorte des motocyclistes. Derrière, en respectant  les distances, tout au long de l'itinéraire quelques voitures avec des représentants du ministère de la Défense de la France et de l'Association des Vétérans du régiment «Normandie–Niémen» nous suivaient. La voiture est enfin arrivée à l'aérodrome militaire, directement sur la piste. J’en suis sorti.

Le long de la piste, l’unité d'aviation s’alignait, les "mirages"– les modernes avions de chasse précipités scintillaient au soleil. En tapant le pas, un jeune officier venait vers moi – il « venait au rapport ». Il venait au rapport comme autrefois, sur le territoire de la Russie pendant la guerre, Pouyade et ensuite Delfino « venaient au rapport ». Mon général ! A l’occasion de votre arrivée, le régiment «Normandie–Niémen» est aligné!

J'allais lentement le long de la formation, en regardant fixement les visages inconnus ce ces jeunes pilotes. Par leur jeunesse, ils me rappelaient  les pilotes de chasse français de l’époque.  Je cherchais inconsciemment les marques du temps passé et ne les trouvais pas. Elles n’existaient plus. Et voici que j’ai failli embrouiller le pas. Sur la plus proche machine, sur le "Mirage", soudain j’ai vu la flèche zigzaguée! A la guerre, les flèches pareilles marquaient l'appartenance à ma 303ème division. Elles étaient sur tous les avions du régiment ! Ensuite, le long de la formation, on a porté l'étendard - là les ordres de combat soviétiques brillaient. Il y eut ensuite une fête sur terre et dans les airs et aussi des vols de démonstrations.  La nouvelle génération des "Normands" pilotait parfaitement ! Quelque temps après, le groupe des jeunes pilotes du régiment «Normandie–Niémen» a visité en "Mirages" notre pays. Les Français ont participé à un défilé aérien...

Beaucoup d’années ont passé après la guerre. Les décennies déjà nous séparent de ces lignes de feu. La nouvelle génération,  ignorante des attaques violentes, a grandi et est devenue forte. Mais la mémoire nationale conservera pour toujours ces années orageuses et les noms immortels».

Je vous demande de fermer doucement ce livre. Gardez le silence une minute. Que ce soit la minute de la mémoire. Elle est nécessaire à ceux qui ne sont plus de ce monde. Elle est nécessaire aux vivants.